09 février 2012

Somnanbulisme et cerveau

Le somnambulisme correspond à un éveil incomplet survenant en période de sommeil lent profond. Le cerveau des patients est endormi, tandis que les commandes musculaires sont éveillées. Un enfant sur cinq fait au moins un épisode de somnambulisme, épisodes qui disparaissent à l'adolescence.
 
Yves Dauvilliers et Patrice Bourgin
RMN / H. Lewandowski

Lady Macbeth est décrite par Shakespeare dans un épisode de somnambulisme, les yeux ouverts, mais l’esprit endormi. Sur ce tableau de Johann Füssli (1784), elle semble sans doute trop éveillée pour être somnambule, bien que son regard révèle un état second qui paraît effrayer les témoins
de la scène.

L'auteur

Yves DAUVILLIERS est neurologue dans le Service de neurologie B de l'Hôpital Gui de Chauliac, à Montpellier, et mène ses recherches dans l'Unité INSERM E 0361, à l'Hôpital La Colombière de Montpellier (y-dauvilliers@chu-montpellier.fr )

Patrice BOURGIN travaille à la Faculté de médecine de Stanford, dans le Département de psychiatrie et des sciences du comportement, ainsi qu'au Centre de recherches sur la narcolepsie, à Palo Alto. 

Son médecin décrivait Lady Macbeth les yeux ouverts, mais la femme de chambre ajoutait « You see, her eyes are open, but their sense is shut ! » (Ses yeux sont ouverts, mais ses sens sont éteints). Shakespeare avait déjà identifié l'incapacité du somnambule à intégrer les informations provenant du monde extérieur. Au Moyen Âge, le bûcheron de Silésie, Bernard Schedmaizig, s'éveillait brutalement après quelques heures de sommeil, voyait un intrus au pied de son lit, et saisissant une hache, tuait sa femme en train de dormir à côté de lui : il ne s'agissait pas d'un homicide volontaire, mais d'un éveil confusionnel.

 

Pour aller plus loin : Article source ici, iciici et

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20 octobre 2010

Fête de la science

FETELa 19e édition de la Fête de la Science se déroulera du jeudi 21 octobre au dimanche 24 octobre 2010 sur le theme suivant : “Biodivertsité et bioéthique : quels défis pour l'avenir?Pendant ces quatre jours, se tiendront partout en France et en Europe des ateliers, conférences et rencontres. Autant d’interventions variées qui sont l’occasion pour les chercheurs de transmettre leur passion. Il sera question des avancées de la science et des progrès qu’elle peut apporter grâce aux nouvelles technologies et autres innovations. 

Dans ce cadre, Métro a interviewé Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Mme Pécresse en profite de cet évènement pour exhorter les chercheurs à diffuser leurs travaux : "Il y a des pays, notamment les Etats-Unis, qui, quand ils donnent des financements pour des projets, réservent une partie de la somme pour la vulgarisation scientifique. C'est vrai que nous n'avons pas cette habitude-là en France." Mais la vulgarisation n’en déplaise à Mme Pécresse est encore loin des préoccupations françaises. 

Néanmoins des projets très intéressants fleurissent ça et là, tels que celui de l’association  “Tous Chercheurs", qui propose à de jeunes lycéens une « plongée de plusieurs jours au cœur de la démarche scientifique dans un laboratoire qui leur est entièrement réservé au sein d’une unité Inserm sur le campus de Marseille-Luminy » (Cf. article de l'INSERM ici). De cette manière, ce sont près de 1 000 lycéens par an réalisent des mini stages de recherche encadrés par des étudiants en thèse. Le détail de ce programme vient d’être publié dans la revue PloS Biology.

 

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12 juillet 2010

Les femmes et l’alcool

zero_alcool_grossesseDans un précédent article, j'avais évoqué les effets de l'acool chez le foetus. Comme le suggère cette image, l'alcool n'est pas la boisson de choix pour les femmes enceintes. Or, selon l'Inserm, 5% des femmes ont eu, ou ont toujours, un usage problématique de l'alcool, contre 15% pour l'ensemble des hommes. Cependant, le phénomène s’amplifie, comme l’explique Fatma Bouvet de la Maisonneuve, dans son livre « Les femmes face à l'alcool, résister et s'en sortir ». Cette psychiatre a justement ouvert une consultation dédiée spécifiquement aux femmes alcooliques à l'hôpital Saint-Anne en 2007.

Paradoxalement, ce ne sont pas les classes sociales les plus modestes qui sont le plus touchées par ce phénomène. « Plus on est socialement brillant, intellectuellement raffiné, plus on peut se mentir et mentir aux autres », note Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie. Deux facteurs principaux expliquent cet alcoolisme : le stress engendré par la compétition au travail et la difficile conciliation entre vue professionnelle et vie privée. En effet, l'anxiété, la dépression et la solitude se retrouvent chez la majorité des femmes alcooliques. Près de 80 % d'entre elles sont âgées de 35 ans et plus, dont 51 % de 35 à 50 ans. Près de 80 % des femmes justifient leur alcoolisme suite à des problèmes psycho-affectifs.

Il n'existe actuellement aucun remède miracle afin de combattre l'alcoolisme. Un médicament, le baclofène est toutefois en phase de test, mais « quelle que soit son efficacité éventuelle, il ne se substituera pas à une réflexion sur soi, son histoire personnelle, ses croyances », souligne M. Dejoyeux.

Pour aller plus loin : Articles sources ici, ici, ici et + alcool et grossesse ici, ici, ici et + alcooletgrossesse

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11 juillet 2010

Expertise INSERM sur la politique de réduction des risques liés à la consommation de drogues

MILDT_Savoir_Moins_Risquer_PlusEn France, les dispositions de réduction des risques liés à la consommation de drogue sont essentiellement basées sur la mise à disposition de matériel stérile, la prescription de traitements de substitution aux opiacés, le dépistage de l’infection par le VIH et les traitements anti-rétroviraux. Ces dispositions ont été prises, comme dans beaucoup de pays européens, après la mise en évidence chez les usagers de drogue d’une proportion élevée de contaminations par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dès les années 1985, puis par le virus de l’hépatite C dans les années 1990. Cette thématique a été inscrite dans la loi de santé publique d’août 2004, puis dans différents plans gouvernementaux. Si cette politique a permis «de réduire drastiquement l'incidence de l'infection par le VIH et le nombre de décès liés à l'usage de drogues», 60% des usagers souffrent encore d'hépatite C et les pratiques évoluent.

C’est pourquoi la Ministre de la santé et des sports a demandé à l’Inserm de réaliser une expertise multidisciplinaire, afin de contribuer à l’amélioration de ces outils de réduction de risques, liés à l’usage de drogue et les modes d’intervention nécessaires.

Qu’est-ce que l’expertise collective de l’Inserm ?

L’expertise collective est une mission de l’Inserm depuis 1994. Une soixantaine d’expertises collectives ont été réalisées dans de nombreux domaines de la santé. L’Expertise collective Inserm apporte un éclairage scientifique sur un sujet donné dans le domaine de la santé à partir de l’analyse critique et de la synthèse de la littérature scientifique internationale. Elle est réalisée à la demande d’institutions souhaitant disposer des données récentes issues de la recherche, utiles à leurs processus décisionnels en matière de politique publique. L’expertise doit être considérée comme une étape initiale nécessaire pour aboutir, à terme, aux prises de décision. Pour répondre à la question posée, l'Inserm réunit un groupe pluridisciplinaire d'experts reconnus composé de scientifiques et de médecins. Ces experts rassemblent, analysent les publications scientifiques et en font une synthèse. Des «lignes fortes» sont dégagées et des recommandations parfois élaborées. Les conclusions apportées par les travaux d’expertise collective contribuent au débat des professionnels concernés et au débat de société.

Quelles en ont été les conclusions ?

Cette expertise a aboutit à l’idée de ne pas se limiter au seul accès au matériel stérile, mais d’inscrire cette politique de réduction des risques dans un cadre plus global «de réduction des inégalités sociales de santé». Cette politique plus exhaustive devrait passer par un renforcement «de la cohérence des différentes politiques publiques sanitaire, sociale et pénale» et par une approche globale « intégrant les spécificités individuelles et l'évolution des modes de consommation».

Pour aller plus loin : Article source + Les expertises collectives de l'INSERM ici + Communique_de_Presse.

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05 juillet 2010

Interview d'Arnold Munnich, conseiller scientifique à l'Elysée

news_2010_Arnold_MunnichNature UK relatait le 28 juin dernier, les propos d’Arnold Munnich, conseiller scientifique de notre président, à travers une interview en anglais certes, mais qui mérite qu’on s’y attarde. Arnold Munnich est pédiatre-généticien. Il dirige le centre Jean Frezal des maladies génétiques à l'hôpital Necker, aux cotés de l'Inserm. Pour la revue Nature, il évoqule rôle de conseiller scientifique, qu’il tient depuis 2007 auprès de Nicolas Sarkozy.

   

L’axe principal développé au cours de cet interview, au-delà des accointances d'ordre privé entre les deux hommes, consiste à vanter les mérites de la privatisation des universités, qui permettrait, selon Arnold Munnich de leur rendre ainsi toute l'autonomie, la liberté et l’ouverture nécessaire afin de pouvoir retenir les chercheurs renommés.

 

Depuis 2007, Arnold Munnich travaille donc à repenser les financements et l'organisation de la recherche biomédicale en France, et ce en se rendant à l’Elysée de 7 à 9 heures le matin et de 6 à 9 heures le soir, en plus de ces journées de cliniciens. Chapeau bas monsieur, mais peut-on sérieusement penser à l'avenir de la rechercher de façon schizophrène ?

 

Selon lui, l'organisation de la recherche biomédicale en France, qui fut longtemps entre les mains d'agences gouvernementales pour compenser la faiblesse des universités, est une structure monolithique, centralisée, qui a aujourd'hui trouvé ses limites. Cela laisse présager des évolutions possibles sous le gouvernement actuel...

 

Pour aller plus loin : Article source ici.

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02 juillet 2010

Sombre histoire de gros sous autour du Pr Chermann, co-découvreur du virus du sida

jean_claude_chermann_416Le Pr Jean-Claude Chermann est un chercheur français en virologie né le 23 mars 1939. Il dirigeait l'équipe de Luc Montagnier à l'Institut Pasteur lorsque le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) à l'origine du sida a été découvert en 1983. Cependant aujourd’hui c’est une affaire bien plus triste qui lui permet de faire les gros titres. En effet, selon un article des Echos, il aurait placé sa société Urrma R&D en redressement judiciaire, contre l'avis de ses associés suisses avec lesquels il est en conflit depuis plusieurs mois.

Le tribunal de commerce de Marseille, où se tient une audience mercredi, a mis la décision en délibéré au 7 juillet. En novembre dernier, lors du conseil d'administration de l'entreprise, le professeur Chermann, qui a passé une partie de sa carrière au sein de l'Inserm, s'était vu reprocher une absence de résultats et la liquidation de l'entreprise avait été demandée. Propriétaire de plus de 48% des parts, il s'y était opposé.

Suite au placement en redressement judiciaire en juin, le professeur a été destitué de ses fonctions de président et affirme s'être vu refuser l'accès à son laboratoire, situé à Aubagne, près de Marseille, qui contiendrait sa collection de sérums ainsi que des dossiers médicaux. Accusé d'abus de biens sociaux, le professeur a réagi en déposant lui-même une plainte pour tentative de spoliation, abus de confiance et escroquerie. Il s'estime spolié par les autres actionnaires, mais aussi par la France, faisant référence à son contrat de licence avec l'Inserm. Le parquet de Marseille va ouvrir une enquête.

Pour aller plus loin : Articles source ici, ici, ici et .

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28 juin 2010

L'addiction, une perte de plasticité du cerveau ?

cerveauPier Vincenzo Piazza (directeur de recherche INSERM 862, Bordeaux) présente dans le Quotidien du Médecin ses travaux sur la première corrélation biologique de la transition d'un comportement de prise de drogue à une toxicomanie. L'équipe a posé plusieurs principes : tout le monde ne développe pas une addiction, et la consommation régulière d'une substance (vin, cigarette) n'induit pas forcément une toxicomanie. La dépendance est depuis toujours associée à un phénotype de « vulnérabilité ». « Les premiers modèles animaux nous ont fait découvrir les bases biologiques de la vulnérabilité à développer une prise régulière de drogue », confie Pier Vincenzo Piazza, qui reconnait : « on ne savait pas pourquoi certains de ces consommateurs développaient une toxicomanie ». Ces travaux ont ainsi permis de découvrir que l'absence de contrôle de l'usage d'une drogue est liée à un déficit de plasticité synaptique. Si ce déficit peut survenir chez tout le monde, il apparait que seul les non toxicomanes sont capables de retrouver cette plasticité neuronale.

Pour aller plus loin : Articles source ici, ici, ici et + Communique_de_Presse.

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27 juin 2010

Dossier « Les secrets de la mémoire » du Nouvel Obs

m_moireLe nouvel Observateur consacre un dossier aux « secrets de la mémoire ». Avec l'allongement de la durée de la vie, la préservation des facultés cérébrales devient un enjeu majeur, qui pose la question de la nécessité de « muscler » nos neurones. En la matière, la recherche progresse et les mécanismes régissant la mémoire sont de mieux en mieux connus. La revue signale notamment l'ouvrage de Francis Eustache, neuropsychologue, responsable d'une unité de recherche Inserm à Caen (spécial dédicace !), et Béatrice Desgranges, qui retrace les grandes étapes des découvertes les plus récentes sur le cerveau, intitulé « Les Chemins de la mémoire ».

Dans une large interview accordée à l'hebdomadaire, Francis Eustache souligne la pluralité des « mémoires » et décrit l'état des connaissances en matière de formation des souvenirs ou sur les effets du vieillissement. Je vous conseille donc vivement la lecture de ce dossier « secrets de la mémoire » du Nouvel Obs, qui s’avère au-delà de mon chauvinisme, largement intéressant en ce qui concerne les avancées actuelles dans le domaine des neurosciences…

Pour aller plus loin : Le dossier sur les "Secrets de la mémoire" ici + "Quand la mémoire flanche" + "Le tri des souvenirs" ici. 

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25 juin 2010

Pistes dans le traitement de la rétinite pigmentaire

retinite_pigmentaires_differents_stadespetiteDes chercheurs suisses de l’Institut Friedlich Mieschler de Bâle, en collaboration avec des équipes de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), du Cnrs et de l’Université Pierre-et-Marie-Curie au sein de l’Institut de la vision, viennent de rendre la vue à des souris atteintes de rétinite pigmentaire, une maladie génétique entraînant une diminution de la vision et, à terme, une cécité. Chez l’homme, ils ont réussi à traiter des cellules rétiniennes malades mises en culture. Ces travaux sont publiés dans la revue Science.

Qu’est-ce que la rétinite pigmentaire ?

Cette maladie qui affecte 1 personne sur 5 000 se traduit par une diminution progressive de la vue aboutissant à la cécité. Touchant d’abord les cellules rétiniennes spécialisées dans la vision nocturne – les bâtonnets –, elle s’attaque ensuite aux cellules de la vision diurne, les cônes. Ces deux types de cellules captent la lumière et la convertissent en impulsions nerveuses qui, véhiculées par le nerf optique, sont ensuite traitées par le cerveau. Si la maladie détruit les bâtonnets, elle ne fait qu’affecter les cônes qui, devenus non fonctionnels, survivent et restent en place. D’où l’idée des chercheurs de restaurer la fonction visuelle des cônes défectueux.

Quel est le principe du traitement ?

La technique employée est une forme de thérapie génique. Elle consiste à envoyer dans les cellules coniques déficientes, à l’aide d’un vecteur (généralement un virus rendu inoffensif), une protéine correctrice. Ici, « il s’agit d’une protéine capable de coupler la stimulation lumineuse à une molécule particulière, ce qui permet de réintroduire toute une cascade de mécanismes nécessaires à la vision, explique José-Alain Sahel, professeur et chef de service à l’hôpital des Quinze-Vingts (Paris) et à la Fondation Rothschild. Nous avons ainsi pu recréer un véritable système photoélectrique biologique.»

Cette thérapie est-elle extrapolable à l’homme ?

Ces résultats prometteurs ont été confirmés par l’équipe de Serge Picaud, chercheur Inserm à l’Institut de la vision, sur des rétines humaines mises en culture. La protéine-médicament s’est activée dans les cellules coniques, leur conférant ainsi une nouvelle sensibilité à la lumière. Une rétine artificielle, en quelque sorte. « Nous sommes capables, au sein du centre de maladies rares de la rétine, de cibler, grâce à des techniques d’imagerie rétinienne à haute résolution, les patients chez qui cette thérapie pourrait être appliquée », précise José-Alain Sahel. Toutefois, il faudra encore attendre pour un traitement en routine, car le passage de la souris à l’homme comporte toujours des incertitudes.

Pour aller plus loin : Articles source ici, ici, ici, ici, ici et + Rétine artificielle + cp_science_sahel24juin10.

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13 juin 2010

Découverte de nouveaux gènes impliqués dans l'autisme

autismeCent soixante-dix-sept scientifiques, issus de plus de 60 institutions de 11 pays différents, présentent les résultats de la phase 2 du consortium international de recherche génétique sur l’autisme, Autism Genome Project. Ce groupe de chercheurs, parmi lesquels des scientifiques français, a découvert des mutations génétiques et de nouveaux gènes impliqués dans l’autisme. Ces travaux sont publiés dans la revue Nature du 10 juin 2010.

 

Les équipes françaises

La partie française de cette étude a été pilotée par Catalina Betancur, qui dirige le groupe de recherche sur la Génétique de l'Autisme au sein du Laboratoire de Physiopathologie des maladies du système nerveux central (Inserm, CNRS, UPMC) à Jussieu. Ce travail est le fruit d’une collaboration datant de plus de 10 ans entre l’Institut Pasteur, l’AP-HP et l’Inserm pour chercher à identifier les facteurs de vulnérabilité génétique rencontrés chez les personnes atteintes d’autisme. Ce projet bénéficie, entre autres d’une promotion Inserm (Pôle Recherche Clinique, Institut Santé publique, C07-33). Ce consortium a permis dès 2003 l’identification des toutes premières mutations des gènes impliqués dans la mise en place des synapses dans l’autisme. Les travaux de ce consortium ont été renforcés depuis 2007 par le soutien de la fondation FondaMental, fondation de coopération scientifique créée par le ministère de la Recherche pour accélérer la recherche en psychiatrie.

Le groupe de chercheurs internationaux a analysé le génome entier de 1000 personnes présentant des troubles liés à l’autisme et 1300 individus témoins à l'aide des micropuces ADN à haute résolution. Les scientifiques ont ainsi pu mettre en évidence des insertions et des suppressions de séquences génétiques, invisibles au microscope. Ces remaniements, appelés "variations du nombre de copies" ont permis d’identifier de nouveaux gènes impliqués dans l’autisme, notamment SHANK2, SYNGAP1, DLGAP2 et PTCHD1. Certains d’entre eux agissent au niveau des contacts entre les neurones (les synapses), tandis que d’autres sont impliqués dans la prolifération cellulaire ou encore la transmission de signaux intracellulaires. L’identification de ces voies biologiques offre de nouvelles pistes de recherche, ainsi que des cibles potentielles pour le développement de traitements originaux.


Qu’est ce que l’autisme ?

L’autisme est un trouble neurobiologique complexe qui affecte la capacité d’une personne à communiquer et à établir des relations sociales. Il s’accompagne fréquemment de comportements répétitifs et d'intérêts restreints. Les troubles autistiques sont diagnostiqués chez un enfant sur 110 et touchent quatre fois plus de garçons que de filles. Les troubles du développement débutent en général avant l'âge de trois ans. Dans certains cas, l'autisme est associé à des maladies génétiques comme le syndrome de l'X fragile ou à des anomalies chromosomiques. Cependant, dans la majorité des cas, l'étiologie génétique précise demeure inconnue. Il n'y a pas de traitement curatif de l'autisme mais la prise en charge éducative précoce améliore le pronostic.  

La nouvelle étude de l’Autism Genome Project a également démontré que les sujets atteints d'autisme tendent à avoir plus de "variations du nombre de copies" rares (détectées dans moins d’un pour cent de la population) touchant des gènes que les individus témoins. Certaines de ces mutations sont héritées, d’autres sont considérées comme "de novo" car elles apparaissent chez les patients et sont absentes chez leurs parents. Les chercheurs ont remarqué que chez les personnes autistes, un grand nombre de ces mutations tendent à perturber des gènes déjà associés à l’autisme ou aux déficiences intellectuelles.


Qu’est-ce qu’Autism Genome Project ?

Démarré en 2002, l’Autism Genome Project rassemble 177 scientifiques, issus de plus de 60 institutions de 11 pays différents, qui ont formé le plus grand consortium sur la génétique de l’autisme. Ce projet est né de la volonté des chercheurs du monde entier de se regrouper pour partager leurs échantillons, leurs données et leur expertise afin de faciliter l’identification des gènes impliqués dans l’autisme. Cette collaboration, avec un vaste ensemble d’échantillons et une expertise multidisciplinaire, a créé des opportunités qui n’existeraient pas autrement. Aujourd’hui, les chercheurs étudient plus en profondeur les variations rares, ce qui nécessite de plus grands ensembles d’échantillons afin d’identifier davantage de mutations génétiques. La première phase de l’Autism Genome Project, achevée en 2007, avait permis de rassembler la plus grande collection d’ADN sur l’autisme et de mettre en évidence l'importance des "variations du nombre de copies" dans cette pathologie. Ce projet est majoritairement financé par Autism Speaks, une organisation américaine qui soutient la recherche sur l'autisme.

Ces découvertes viennent appuyer un consensus émergent au sein de la communauté scientifique, selon lequel l’autisme serait provoqué en partie par de nombreuses « variations rares » ou des modifications génétiques détectées chez quelques sujets atteints. Les gènes identifiés par cette étude confortent aussi la voie synaptique identifiée par l’équipe de Thomas Bourgeron (Institut Pasteur, Université Denis Diderot) et Marion Leboyer (AP-HP, Inserm, Université de Paris-Est-Créteil, Fondation FondaMental). Alors que chacun de ces changements n'est observé que dans une petite partie des cas, l’ensemble de ces variations commence à représenter un pourcentage important de personnes atteintes d’autisme. "L’observation de gènes communs impliqués dans la prédisposition à l’autisme et dans des déficiences intellectuelles soutient l’hypothèse que différents troubles psychiatriques liés au développement du système nerveux partagent certains facteurs de risque génétique." précise Catalina Betancur, chargée de recherche à l’Inserm dans l’unité 952 "Physiopathologie des maladies du système nerveux central" (Inserm/CNRS/UPMC), et dernière auteure de la publication parue dans la revue Nature.

Pour aller plus loin : Article dans Nature + Articles source ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et  + Dossier_de_presse.

Contact chercheur

Catalina Betancur
Inserm U952 /CNRS UMR7224/UPMC "Physiopathologie des maladies du système nerveux central", Paris
Tél. : +33 (0)1 44 27 61 19

Contact presse

Amélie Lorec
Tél. : 01 44 23 60 98

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