Vivre dans un quartier défavorisé favoriserait l'augmentation de la pression artérielle ?
Il existerait une relation inversement proportionnelle entre la pression artérielle d'un individu et son niveau d'instruction ou le niveau d’instruction moyen de son quartier de résidence (Cf. Schéma ci-contre). C’est ce que tend à prouver l'étude, publiée ce jour dans la revue Hypertension, réalisée par l'équipe de l’unité Inserm 707 «Epidémiologie, systèmes d’information, modélisation», dirigée par Basile Chaix et en collaboration avec le Centre d’Investigations Préventives et Cliniques de Paris, à partir de la cohorte RECORD ("Residential Environment and CORonary heart Disease" ou "Environnement résidentiel et maladies coronaires"). Cette cohorte comporte 7 292 personnes âgées de 30 à 79 ans, enquêtées entre mars 2007 et février 2008 dans le cadre d’examens périodiques de santé proposés par la sécurité sociale et réalisés dans des centres situés à Paris, Argenteuil, Mantes-la-Jolie et Trappes.
L’hypertension artérielle constitue un facteur majeur de risque dans maladies cardiovasculaires, qui sont la première cause de décès en France avec les tumeurs (Cf. schéma ci-dessous). Des études épidémiologiques françaises ont fait état d’un risque accru d'hypertension artérielle au sein de populations défavorisées. Partant de ce constat, les chercheurs ont examiné si des variations importantes de pression artérielle existent entre individus selon leur propre catégorie sociale et les caractéristiques de leur lieu de résidence. Ils ont considéré pour cela différents facteurs relatifs au niveau socio-économique des participants : niveau d’instruction de la personne et de ses parents, profession, situation de chômage, revenus, stress financier, statut d’occupation du logement, niveau de développement du pays de naissance, etc. La comparaison de chacun de ces facteurs avec la pression artérielle a fait émerger une forte association entre niveau d’instruction individuel et pression artérielle.
Dans un second temps, pour rendre compte des associations entre niveau d’instruction des individus ou de leur quartier et pression artérielle, les chercheurs se sont intéressés à différents paramètres potentiellement en cause dans l’hypertension artérielle : consommation de tabac et d’alcool, indice de masse corporelle et tour de taille, activité physique et fréquence cardiaque au repos.
Ils ont alors mis en évidence que l’indice de masse corporelle et le tour de taille apportaient la contribution la plus forte aux associations entre niveau d’instruction individuel ou du quartier et pression artérielle. Ces deux variables caractéristiques de l’obésité expliquent en effet 50% de l’association entre niveau d’instruction du quartier faible et pression artérielle élevée. En d’autres termes, selon Basile Chaix, "les disparités d’obésité observées entre quartiers favorisés et défavorisés sont suffisamment fortes pour donner lieu à des différences de pression artérielle mesurables entre quartiers".
En conclusion, identifier l’obésité comme facteur clé du lien entre niveau d’instruction et pression artérielle invite à s’interroger sur les conséquences de l’actuelle épidémie d’obésité (Cf. articles en lien ici, et là et une vidéo là) en matière d’inégalités sociales de morbidité et de mortalité. Pour Basile Chaix, membre de l'équipe de recherche SIRS (Santé, Inégalité et Rupture Sociale) "l’épidémie actuelle d’obésité et sa distribution sociale pourraient donner lieu à une augmentation des disparités sociales de risque cardiovasculaire dans les décennies à venir". Le chercheur estime que "cela encourage à des actions ciblées au bénéfice des populations vivant dans des quartiers défavorisés afin de réduire efficacement les inégalités de risque cardiovasculaire".
Les travaux à venir conduits à partir de la cohorte RECORD examineront si les disparités de pression artérielle observées entre quartiers sont en partie imputables aux différences qui existent sur le territoire en matière d’environnement alimentaire, d’opportunités d’activité physique ou de sources de stress.
Pour aller plus loin :
Voir le Communique_de_presse, transmis personnellement et en exclusivité par Basile Chaix, je l'en remercie chaleureusement, ici l'article de l'INSERM et là l'article publié par le Point.
Contact chercheur :
Basile Chaix - Unité ISERM 707 - Epidémiologie, systèmes d'information, modélisation - email : chaix@u707.jussieu.fr - tel : 01.44.73.86.64 ou 06.68.30.00.55

